1 – Les Passeurs – Ils étaient bien là… j’y étais.

L’eau est tombée en torsions de serpillière jusqu’au moment où la nature parut entièrement lavée. Du haut des arbres jusqu’au bas des herbes, tout n’était que miroitement de lumière soudainement réapparu et soulevant le store pour observer le bain du chat.

Sur les chemins, de larges flaques dessinaient des continents d’une telle transparence que j’aurais pu envisager y boire si j’avais eu suffisamment soif pour oublier ce qui m’entourait.

Peinture de Philippe Véniel

Peinture de Philippe Véniel

Je partais, grisé par une idée folle qui n’était autre que celle de retrouver dans de vieilles mémoires des musiques et des chants apparemment disparus et appartenant au territoire sur lequel j’avais vécu. Le territoire en question recouvrait le canton de Montsalvy, placé dans le socle du département du Cantal. Je ne sais si, dans mon esprit, cet espace apparaissait dans son entier ou s’il ne se composait que de sa partie sud-est, là où mes rêves couraient comme un jeune chien lâché derrière une troupe de pintades effarouchées.

Tel un enfant, je partais à la chasse au trésor qui, pour tout or, se serait résumé à des propos et des sons que je voulais à tout prix entendre.

Des phrases que je pourrais aujourd’hui comparer à :

– Le cyclope ? A cette heure, vous le trouverez chez lui. C’est la maison qui fait l’angle avec la boulangerie.

Ou :

– Non, Non, ce n’est pas Madame Leymarie qui l’a, c’est madame Mouminoux. C’est un bien de famille qui lui vient des temps anciens. Je vous le dis puisque je l’ai vu de mes yeux vu et même que ce Graal, comme vous l’appelez, c’est ce qu’elle a de plus cher au monde. Elle le « coucoune » comme on le ferait pour un nouveau-né.

Ou encore :

– Oh! Je l’ai bien connu. La dernière fois que j’y suis allé, j’ai fait des photos. Si vous avez un moment, je vous les montre. Fallait voir ça! C’était aussi haut que du Lot au Puy de l’Arbre, 13km de côte à 12% !… même plus haut. Babel, c’est mon plus beau voyage et mon plus beau souvenir.

Lorsque l’on approche l’inconnu ou l’aventure avec si peu de connaissances et de sens de la nuance, mais qu’on est fait de naïveté, de passion, de convictions et de persuasions, on croise inévitablement ceux qui, au bout du compte, autorisent la découverte.

De l’autoroute du départ aux chemins dans les bruyères, la plupart des bifurcations « se prirent au freinage ». Le temps tissant ces innombrables et incroyables rencontres, fit que de l’une à l’autre et de soi à soi, je réussis à trouver et peut-être à me trouver.

Ils étaient bien là … j’y étais.

Le soleil avait ce jour-là lâché des enclumes, des sangliers étaient tombés des arbres et je décidais, pour en finir avec cette canicule, de m’arrêter, pour coller mes lèvres à la surface d’une flaque. L’eau était transparente et je vis soudain de gros nuages s’y refléter. Ils me firent déguerpir vers d’autres inconnus et d’autres aventures avant que la pluie ne s’échappe de leurs serpillières.

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