Le quartier des tanneurs – Riom

Enquête, réalisée par l’AMTA en 2007, sur le quartier des Tanneries de Riom (mémoires d’avant-guerre 39/45) en collaboration avec le C.C.A.S, le service du patrimoine de Riom Communauté, les archives municipales et le centre social et culturel J. Gaidier.

La ville de Riom est surtout connue pour être la ville des bourgeois, de par sa fonction de capitale d’Auvergne durant plus de cinq siècles mais surtout par le fait qu’elle est toujours la capitale judiciaire de notre région. Les grandes fonctions qu’elle a exercé ont permis d’attirer une population aisée et cultivée qui a construit des grands et beaux hôtels particuliers, aménagé  deux musées…

Pourtant le quartier qui nous intéresse ici ne fait pas parti des beaux quartiers ; c’est le quartier populaire par excellence, celui qu’on appelle familièrement « les tanneries », quartier des tanneurs ou quartier Saint-Jean. Situé au sud-ouest du centre-ville, ce quartier doit son âge d’or à une profession essentiellement : la tannerie. Bien sûr, on trouvait dans cette partie de la cité des employés agricoles, des vignerons, des maçons…mais ce sont les tanneurs qui ont marqué de leur empreinte ce quartier et en on fait un des endroits les plus  vivant de la ville : bruyant et malodorant. Les habitants de ce quartier ont, à travers les âges, toujours su rester solidaires,  proches les uns des autres comme s’il appartenaient à un village, à une même famille. La fin de la dernière tannerie en 1961 a fait perdre un peu de son identité à ce quartier si particulier…

Petite  histoire des tanneries de Riom

Retracer l’histoire des tanneries de Riom n’est pas chose aisée car, d’une part, les vestiges sont peu accessibles et même plutôt rares et, d’autre part, il y a très peu de sources écrites sur les tanneries de Riom.

Néanmoins, on peut décomposer en trois périodes l’histoire des tanneries : la naissance, l’âge d’or et enfin le lent déclin.

La naissance avant le XIVe siècle.

La tannerie à Riom est présente dans les deux quartiers sud du centre-ville, le long d’une déviation de l’Ambène. La mise en place de cette déviation semble être en lien avec les origines des tanneries à Riom.

L’apparition des tanneries à Riom est inconnue, aucun document ne fait mention de la naissance des tanneries. Les premières traces datent du XIVe siècle avec l’apparition de tanneurs dans des documents officiels. Mais les mentions sont rares car ils donnent plus d’importance à leur nom et leur commune qu’à leur métier. Il est vraisemblable cependant de supposer que la tannerie naît dans la période comprise entre le XIe et le XIIIe siècle (L’apparition des tanneries à Maringues date de 1225) pendant laquelle le commerce se développe partout. La proximité de cours d’eau, de pâturages pour le bétail et de forêts de chênes pour le tan permet de comprendre le développement de tanneries à Riom. Les consommateurs sont là aussi, avec les campagnes environnantes qui sont bien peuplées et la ville de Riom s’est agrandie grâce au sanctuaire de Saint-Amable.

En 1212, Riom devient capitale royale de la Terre d’Auvergne et Alphonse de Poitiers (Frère du roi Saint-Louis) la dote d’une charte de franchises en 1270. Un consulat est organisé par les habitants les plus aisés dont certaines familles de tanneurs font parties.

Les tanneurs riomois ont des activités annexes, parfois des domaines agricoles et participent activement à l’essor de la cité entre le XIIIe et le XIVe siècles.

La fin du XIVe siècle est une période difficile pour tout le monde : la peste et la guerre de 100 ans ravagent l’Auvergne. Cependant après cette période de crise, la prospérité revient et s’ouvre pour les tanneurs une période florissante.

L’âge d’or (XVe – XVIIe siècles)

Ces trois siècles passent pour être l’âge d’or des tanneries riomoises. Les sources sont plus nombreuses. La tannerie est une grande activité de la ville.

Les premières données apparaissent : En 1494, on compte  entre trente-deux (Chabrol, coutumes locales de la Haute et Basse Auvergne, t. 4.) et quarante (Clouard. E, les gens d’autrefois : Riom aux XVe et XVIe siècles) maîtres tanneurs dans les quartiers Saint-Jean et Naigueperse (Autre appellation du quartier du Marthuret) avec un nombre d’ouvriers deux fois supérieur.

Ces maîtres tanneurs continuent à participer aux institutions mais de manière alternative et sans occuper le premier rang.

Sur le plan économique, il semble que les tanneries de Riom sont les plus importantes de la région, suivent ensuite Maringues, Clermont, Aurillac, Saint-Flour et Thiers. Les productions des maîtres tanneurs riomois concernent les cuirs épais de vaches et de bœufs ainsi que les basanes et les peaux chamoisées de moutons et de chèvres. La qualité de ces produits n’est plus à faire dans les principales foires de la région mais aussi aux foires de Lyon.

A Riom, mais c’est aussi le cas dans les autres villes d’Auvergne, les tanneurs ne sont pas organisés en corporation et il n’y a pas de contrainte de fabrication. Pour contrôler la qualité, une élection a lieu régulièrement pour choisir deux maîtres tanneurs.

Des confréries existent : ce sont des associations d’entraide et de secours mutuels.  A Riom, les tanneurs sont regroupés au sein de la confrérie Saint-Jacques-le-Majeur. Après une veillée le 25 juillet, ils organisent une grande messe solennelle le lendemain pour les confrères défunts, puis ils font sonner les cloches de la ville. Cette confrérie est une des plus anciennes de la ville. Elle possède une chapelle dédiée à Saint-Jacques dans l’église du Marthuret (Il s’agit de celle où est exposée aujourd’hui la Vierge à l’oiseau). Ce monument est véritablement une preuve de la richesse des tanneurs riomois de l’époque par la richesse de son décor et la qualité de ses vitraux datés de 1538. Les maisons des tanneurs attestent aussi de la certaine réussite de cette profession, elles sont solides et massives, toutes en pierre sauf les greniers qui sont en bois. La plus belle est la maison d’Antoine Pandier ou Pandu qui est ornée d’une statue de Saint-Antoine datée de 1550.

A la Renaissance, la tannerie est une profession prospère, pourtant les riches maîtres-tanneurs préfèrent voir leur enfants faire des études pour devenir  avocats, magistrats, fonctionnaires, professions jugées plus prestigieuses.

Le lent déclin (XVIIIe – XXe siècles)

Ce déclin commence dès le début du XVIIe siècle et s’achève il y a environ quarante-cinq ans (1961) avec la disparition de la dernière tannerie. Plusieurs raisons expliquent cette longue décadence.

Le métier de tanneur se perd au profit de l’ambition social croissante des enfants, qui choisissent des métiers plus prestigieux.

Une autre cause du déclin est la concurrence venue d’Auvergne mais surtout de l’extérieur de la région. La province est assez mal desservie par les grandes voies de communication. En 1786, un traité commercial entre l’Angleterre et la France permet à cette dernière d’augmenter ses exportations agricoles mais en échange, les produits industriels anglais pénètrent plus facilement en France. Les cuirs anglais qui sont de très bonne qualité, concurrencent les productions françaises et notamment celle d’Auvergne.

Mais la cause la plus importante de la chute progressive des tanneries auvergnates est l’administration royale beaucoup trop tatillonne et surtout trop avide.  En effet, à partir du XVIe siècle, pour préserver la qualité des productions et pour augmenter les entrées d’argent le roi crée des offices de contrôle notamment la régie des cuirs, créée au XVIIIe siècle, qui peut inspecter n’importe quand au domicile des tanneurs. Chacune de ces nouvelles administrations prélèvent des taxes. Si on ajoute à cela les droits de douane d’une province à l’autre et les droits d’entrée aux grandes foires, on se rend compte que le coût de production est considérablement augmenté ce qui entraîne une baisse de la qualité des produits.

L’alourdissement des charges et une inspection trop tatillonne tuent lentement les tanneries riomoises. La Révolution Française supprime la régie des cuirs et les douanes entre provinces. Mais il est trop tard pour la tannerie riomoise qui meurt lentement au cours du XIXe siècle. Le développement du train et l’invention de l’automobile font reculer l’utilisation du cheval. La production de selles et de harnais diminue. Au début du XXe siècle, il reste deux tanneries à Riom : Les tanneries Mosnier et Petit Frères. La déviation de l’Ambène est couverte et la place Félix Pérol est créée. La tannerie Mosnier-Dussour s’arrête en 1961, avec elle s’éteint la tannerie riomoise.

Le dur métier de tanneur

Schèma d’une maison de tanneurs

Le métier de tanneur consiste à préparer les peaux avec l’aide du Tan (Écorce de chêne séchée et pulvérisée). Le tanneur travaille des peaux fraîches et séchées. Elles sont d’abord ramollies dans de l’eau, puis il les pose sur un chevalet où il les étire et les nettoie grâce à un couteau rond. Il doit de nouveau les laver dans l’eau où les peaux gonflent pour être prêtes à recevoir l’action du tan. Les peaux sont prêtes au tannage : dans une cuve étanche, on dispose de manière alternative une peau et une couche de tan le tout subissant de nombreux arrosage. On les laisse entre un et deux ans pour devenir des cuirs. Quand ils sont sortis des cuves, les cuirs sont brossés puis pendus dans un grenier bien aéré. Ils peuvent ensuite être amener chez le corroyeur qui va rendre ces cuirs plus souples.

David De Abreu

Bibliographie :

  • CHABROL, Coutumes locales de la Haute et Basse Auvergne, t.4 : « Riom », Martin Degoutte, 1784-86.
  • CLOUARD E., Les gens d’autrefois : Riom aux XVe et XVIe siècles, Riom, Jouvet, 1910.
  • EVERAT E., Histoire abrégée de la ville de Riom depuis ses origines jusqu’à nos jours, Riom, Pouzol, 1923.
  • Actes du colloque tenu en la mairie de Riom le 26 octobre 1985, Tanneries de Riom et des environs, Association sauvegarde maisons et paysages environnement du Puy-De-Dôme, bibliothèque municipale de Riom, Riom, Blandin, 1985.

 

 

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Un Commentaire

  1. Bonjour Monsieur De Abreu,
    Je suis la personne qui vous avait contacté au sujet des tanneries de Riom avant pin départ au Canada il y a plus de 3 mois.
    Me voici revenue et en ce moment pour une semaine à Gergovie.
    Si vous êtes toujours intéressé par quelques commentaires supplémentaires, je reste à votre disposition pour un nouveau rendez-vous.
    Vous pouvez me joindre au 06.63.14.30.92
    En vous souhaitant une bonne journée,

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