Les musiques traditionnelles comme support de la Formation Musicale

Claire Barnichon et Olivier Gitenait sont tous deux professeurs à l’école de Bellerive-sur-Allier – respectivement professeur de Formation Musicale (FM) et de cornemuse. Ils développent, pour la première année, un cours de FM à partir de matériaux issus des musiques traditionnelles. Ces cours s’articulent autour d’un projet concernant l’ensemble de l’école de musique relatif à cette esthétique.

Comment l’idée vous est-elle venue de vous servir des musiques traditionnelles dans les cours de FM ?

OG : L’idée nous est venue suite à une discussion entre le Directeur de l’école, le professeur de FM et moi. Nous pensons qu’il serait bien d’offrir aux élèves des classes de FM et aux pratiques collectives une culture la plus large possible afin que les élèves soient en mesure d’échanger avec n’importe quelle esthétique.

Sur quels aspects vous appuyez-vous dans le champ des musiques traditionnelles du centre France et que faites vous travailler grâce à ceux-ci ?

OG : Nous nous appuyons sur la danse, le chant et la musique qui offrent à travers leurs cadences une multitude de possibilités et permettent à Claire d’aborder notamment les notions de pulsation, de rythme, d’intervalle, de mouvement du corps dans l’espace, de placement de la voix.

CB : Le but est de développer à partir de la danse et du chant, tout ce qui pouvait avoir attrait à la Formation Musicale. Grâce au chant, on va forcément parler d’intervalles, de cadences, de tournures de phrases… et par la danse, on va aborder plus facilement les aspects rythmiques. Les cours se déroulent de la façon suivante : on part d’un élément dansé ou chanté et on fait le lien avec tous les autres. Par exemple, si l’on aborde la pulsation, on va passer par des notions de cadence, puis de rythme et par le jeu instrumental. Il s’agit de développer une notion au travers de différents petits jeux ou exercices, sans pour autant la nommer. Le chant et la danse sont de bons moyens pour proposer de nouveaux termes sans avoir tout de suite un aspect très théorique. Ça nous offre de nouvelles possibilités pour la FM. Grâce au chant, ils découvrent un répertoire qu’ils n’ont pas l’habitude d’approcher : des petites histoires, du répertoire pour enfants…

Ils apprennent toutes ces chansons pour le bal pour enfants évidemment mais il y a surtout un but pédagogique.

A l’heure actuelle, vous vous servez uniquement du matériau « musique traditionnelle » en FM ?

CB : Non. Il s’agit de lier la musique traditionnelle et la musique savante. On peut partir des musiques traditionnelles en travaillant sur des notions qui seront développées dans un autre genre musical et réciproquement. On s’appuie aussi sur la méthode de Formation Musicale que nous avons.

Vous nous parlez beaucoup d’oralité, comment faites-vous le pont entre oralité et écriture ?

CB : Le pont est très facile dans le sens oralité-écriture. Lorsque nous abordons de nouveaux éléments musicaux, je commence toujours par l’imprégnation et la réalisation orale. Viennent ensuite explications et théorisation. Les enfants comprennent mieux dans ce sens-là, parce qu’écrire un rythme au tableau pour leur faire apprendre, ça ne fonctionne pas. Alors que le danser, le chanter, le taper, le jouer sur son instrument, permet de l’intégrer et donc de le comprendre plus facilement.

Olivier Gitenait

Sur quel répertoire vous appuyez-vous ?

OG : Sur un répertoire « folk », nous offrant ainsi plus de possibilités de faire des choix correspondants à chaque niveau de FM. On a pris comme support des danses comme : le branle du rat (pour le mélange 2/4 et 6/8), la pipe allumée (scottish 2/2 et pour le chant), kerry polka (2/4 et pour son tempo rapide), une superbe mazurka de C. FAURE « mazurka pour Manu et Gaspard » (pour son écriture binaire mais d’interprétation ternaire et pour le chant), la danse de l’ours (pour le côté ludique et improvisé), une chapeloise (pour le 6/8).

Nous parlons beaucoup de la notion de cadence, comment la définissez-vous et comment la transmettez-vous ?

OG : pour moi ce sont des signatures rythmiques et pour chacune de celles-ci nous prenons le temps de les analyser rythmiquement, de les jouer, de les comparer et de comprendre quels rapports peuvent-elles avoir avec la danse.

Comment jongles-tu avec les différentes acceptions du mot « cadence » Claire ?

CB : J’utilise peu le mot en fait. Je parle plus volontiers de mouvement rythmique.

Les élèves inscrits dans le département de musiques traditionnelles ont-ils aussi des cours de FM ?

OG : Nous leur laissons le choix mais la grande majorité des élèves commence par un apprentissage oral car c’est un mode de transmission qui permet aux débutants de jouer très rapidement en situation et comme cette musique demande, à un certain niveau, beaucoup de liberté je pense que ça évite tout blocage lié au support écrit.

Olivier, dans tes cours d’instruments, tu passes par l’écriture même sans formation musicale ou tu attends que l’élève ait des cours spécifiques ?

OG : J’essaie d’apprécier à quel moment l’élève montre une forme d’intérêt pour l’écriture et on commence à découvrir celle-ci dans le cadre du cours mais à aucun moment j’ai la prétention de former des lecteurs « de haut vol » mais tout simplement des musiciens pouvant lire ou écrire de la musique pour échanger.

Voyez-vous des limites à cette volonté de faire de la FM à partir de matériaux trad ? Quelles sont les différences par rapport aux cours plus conventionnels que tu donnais avant Claire ?

CB : La musique traditionnelle a apporté beaucoup. Les cours sont collectifs, et certains élèves vont comprendre plus vite que d’autres. Le fait de travailler avec l’oralité permet une plus grande efficacité et aussi une meilleure compréhension pour les élèves quelle que soit leur vitesse d’apprentissage.

Si je résume, on passe avant tout par l’expérimentation avant de théoriser ?

CB : C’est exactement ça. Et les résultats sont très convaincants.

Comment avez-vous exposé ce projet à vos collègues d’esthétiques différentes et comment cela a été accueilli ?

CB : on l’a annoncé à la réunion de rentrée. L’ensemble de l’équipe semblait favorable à cela, surtout le directeur.

OG : Celui-ci a été accueilli assez naturellement car nous avons l’habitude de réaliser des projets associant les diverses esthétiques de l’école pour exemple : classe de piano et cornemuse, classes de guitares/batterie et instruments traditionnels, orchestre d’harmonie et cornemuses, etc.

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2 Commentaires

  1. Merci pour cette contribution très concrète sur le sujet.
    Puis-je vous contacter directement pour échanger et vous proposer
    une action de formation dans le cadre de notre école de musique
    à travers un stage CNFPT dans notre département pour 2014
    mais àprévoir et budgéter …au plus vite
    Merci d’avance pour votre réponse.

    Yves Rousguisto

  2. Egun on.
    Nous sommes en Euskal Herri… notre travail et combat est d’instaurer une FM adaptée aux musiques traditionnelles… et inversement, c’est-à-dire que l’enseignement des musiques / instruments traditionnels servent à la FM partant du principe que chacun de nous avons appris à parler avant d’écrire !!!
    Je suis totalement en accord avec ces informations… Puissiez-vous nous prêter main forte. milesker eta laster arte

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