Il était une fois … (2/3)

« Ho bin ça c’est trop fort alors ! dit Jacquot, ils sont bien gentils, mais comment va t’on faire pour les trouver ces gars là ?! »

 « A mon avis, répondit Le Marlou, le mieux serait qu’on essaie de trouver les Iblis en 1490, juste avant qu’ils ne fassent trembler la terre. Là, on leur vole la boîte et la massue et après on verra bien… qu’est-ce que vous en pensez ? »

 Cela semblait terriblement risqué, mais après tout, ils n’avaient aucune autre indication. Les trois amis s’avancèrent donc vers la porte et, tout en prononçant à l’unisson « CUM TEMPORE 1490 », en franchirent le seuil.

 L’hôtel, qui, à cette époque n’était pas encore construit, disparut et ils se trouvèrent, dès lors, au beau milieu d’une maison typique de la fin du moyen-âge. Les enfants en sortirent et découvrirent une ville, cette fois, sans aucune maison en ruines, ni aucune maison en pierres par ailleurs.

 « Bon et bien, vu qu’apparemment maintenant nous sommes à la bonne date, il faudrait qu’on trouve l’endroit où les Iblis vont abattre leur massue ! S’exclama Lulu. »

 Le pari était risqué, mais nos vaillants amis se mirent en marche au plus vite et une bonne heure plus tard arrivèrent, sans qu’aucun incident fut à déplorer, au pied du château de Tournoël.

Le Château de Tournoël

« Et bien, ça fait bizarre de voir ce château tout neuf ! Dis Lulu, qui, bien entendu, ne l’avait connu qu’en ruine. Bon allez, les gars il ne nous reste plus qu’à grimper encore un peu et on est arrivé »

 Pressés de se rendre au plus vite sur les lieux afin de jauger la situation, les enfants hâtèrent leur marche. Malheureusement leur empressement ne leurs permit pas de discerner le danger qui rodait. En effet, le bruit de leurs pas sur les gravillons essaimés sur le chemin, couvrait le son d’une dizaine de rôdeurs qui les suivaient de prés dans les bois attenants. Et, alors qu’ils arrivaient au dernier virage, les rôdeurs firent brusquement apparition, empêchant par leur encerclement toute fuite possible.

 – Ce n’était pas des humains, m’expliqua mon grand père, ce n’était pas non plus des bêtes. Ces êtres étaient vraiment étranges. En fait, c’est très difficile à t’expliquer, ils avaient bien deux bras, deux jambes, une tête et un corps comme nous, mais leur peau ressemblait un peu à du plastique mouillé et leurs yeux étaient tellement sombres qu’on ne savait pas vraiment si ils en avaient ! Enfin, vraiment des êtres laids et bizarres !

 Soudain les êtres fondirent sur les trois enfants. Bien qu’extrêmement vifs et courageux, Lulu, Jacquot et Le Marlou ne pouvaient faire grand-chose. Le combat était inégal et bien qu’ils réussirent, tant bien que mal, à casser une jambe ou deux et à abasourdir trois Iblis, ils furent bien vite immobilisés, maintenus chacun par deux de ces monstres.

Un Iblis s’approcha, les fixa longuement dans les yeux pour les hypnotiser et, progressivement, nos trois amis s’ombrèrent dans un profond sommeil.

 La dernière chose qu’ils perçurent, avant de s’évanouir, fut une immense secousse d’une puissance extraordinaire.

– Je ne sais pas combien de temps on est resté dans les choux. Mais ce que je peux te dire mon petit, c’est que quand je me suis réveillé j’avais un sacré mal de tête !

 Lulu se réveilla le premier. Il constata bien vite qu’il ne se trouvait plus du tout sur le chemin qui menait à Tournoël. Il était à présent enfermé dans une pièce extrêmement sombre dont la seule lumière provenait d’un rayon de soleil qui éclairait le bas d’un escalier à l’autre extrémité de la pièce. Encore à demi assommé, il se leva et gravit péniblement l’escalier.

La lumière devenait de plus en plus intense à mesure qu’il montait et ses yeux en souffraient terriblement. Arrivé à la dernière marche, il fut arrêté par une grille en fer forgé, solidement fermée par une énorme serrure. Une fois ses yeux habitués à la lumière du jour, il put enfin se rendre compte que cette grille donnait en fait, directement sur la cour de l’hôtel de Cériers !

 – Jacquot et moi on s’est réveillé au même moment. Un peu abasourdis, on s’est regardé un long moment et puis on a entendu Lulu qui redescendait l’escalier. Il nous a expliqué ce qu’il avait découvert et je peux te dire qu’on s’est bien demandé ce qu’on faisait là. Et puis d’un coup, dans un coin de la pièce on a entendu quelque chose bouger ! Il y avait une quatrième personne qui se trouvait là.

Un vieil homme aux cheveux longs et grisonnants avec une barbe d’une incroyable longueur se leva et s’approcha des trois compagnons.

 « Bon… bon… bonjour, bégaya l’homme. »

Nos trois amis, méfiants, reculèrent.

« Né… né… n’ayez craintes. Je suis te-te…tout comme vous, en bien mauvaise posture. Excusez-me..me…moi si j’ai encore un peu de mal à parler, cela fait tel… tel… tellement longtemps que je n’ai pas eu l’oc..occasion de discuter avec qu…quelqu’un…Cela fait plus de qua… quarante ans que les Ib… Ib…Iblis m’ont enfermé ici ! »

« Ce sont les Iblis qui vous ont enfermé ici ?! S’exclama Le Marlou. Mais pourquoi ? »

 « Il y a b…bien longtemps, je n’étais p…pas beaucoup plus vieux que v…vous, j’ai découvert l’existence des Iblis. Dès que j’ai appris leur sombre dessein, je me suis mis en tête d’essayer de les détruire. J’étais bien trop fou ! Co…comment est-ce que j’aurais bien pu en étant seul ?! Mais, j’ai quand même bien failli réussir ! J’avais trouvé leur talon d’Achille, mais malheureusement je me suis fait attraper et emprisonner ici, à la seule époque où ils prendront possession de l’hôtel de Cériers. »

 L’homme leur expliqua que le sombre Kraplo, en usurpant l’identité de M. Frétat, avait pris, en 1620, possession de l’hôtel de Cériers.

 « Vous nous avez dit que les Iblis avaient un point faible, demanda Le Marlou, quel est-il ? »

 « Et bien il est très surprenant, et c’est tout à fait par hasard que je l’ai découvert. A votre âge j’avais une passion ; Ce que j’aimais par-dessus tout, c’était de jouer de la flûte que je taillais moi-même dans du sureau. Je me rendais donc, dès que possible, au bord d’un ruisseau ou sous un vieil arbre et je jouais pendant des heures et des heures. J’adorais cela par-dessus tout!

 Un jour, alors que j’épiais les Iblis dans l’idée de trouver un moyen pour les détruire. Je me suis rendu compte, au bout d’un très long moment, que dès qu’un oiseau se mettait à chanter, ils tressaillaient subrepticement. Je trouvais cela assez étrange. Alors j’ai fait quelque chose de très risqué. J’ai pris ma flûte et je me suis mis à jouer. Et d’un seul coup, tous les Iblis, se sont figés et je voyais très clairement à leurs visages, que le son de ma flûte les faisait terriblement souffrir ! Malheureusement j’étais découvert et malgré la douleur, cela ne les empêcha pas de me capturer ! Je suppose que la flûte n’était pas suffisamment puissante pour pouvoir les stopper définitivement. »

Les Iblis

 Ainsi donc il existait bel et bien un moyen de nuire aux Iblis ! Il fallait donc pour cela trouver un moyen de s’échapper de leur prison, de trouver des instruments suffisamment puissants pour stopper net toute action des Iblis. Mais quand bien même ils réussiraient à s’extirper de ce lieu et à trouver des instruments de musique, comment allaient-ils bien pouvoir jouer de la musique, eux qui n’avaient jamais eu l’occasion de pratiquer aucun autre instrument que le chant ?

 « Voyez-vous, reprit l’homme, la musique, si vous avez l’âme pure, est aisée à pratiquer. En effet, il vous suffira, une fois l’instrument en main, de sonder votre cœur et de vous laisser porter par ce guide. L’instrument, dès lors, sera vecteur de votre âme et jouera à votre guise. »

 La théorie assimilée, il s’agissait à présent, pour nos trois amis, de s’échapper. Ils mirent donc au point, avec l’aide du vieil homme, un plan qui leurs permettrait, non sans risque, de s’enfuir et de détruire les Iblis.

Ce n’est que quelques heures plus tard qu’ils mirent à exécution leur stratégie. Alors qu’à l’extérieur on devinait que le soleil commençait à se coucher, des bruits de pas et de clés se firent entendre. C’était un Iblis qui descendait porter le mince repas du soir. Le Marlou, qui, des trois, était le plus fort, s’était caché dans un recoin proche de l’escalier. Alors que l’Iblis arrivait à la dernière marche, Lulu, Jacquot et le vieil homme entonnèrent un chant qui brièvement déstabilisa l’Iblis. Le Marlou, profitant de cet instant de surprise mêlé de douleur, d’un grand coup sur la nuque assomma l’Iblis !

 « Vite, dit Le Marlou, prenons son trousseau de clé et allons jusqu’au salon pour franchir la porte temporel ! »

 Il fallait dès lors se montrer très prudent, le son de leur chant ayant très bien pu avertir les autres Iblis. Ils gravirent donc l’escalier, ouvrirent la serrure et, le plus discrètement possible, se rendirent à la porte du temps. Brusqués par les bruits de pas et les cris ennemis, ayant sans doute découvert leur ami assommé, Lulu, Jacquot et Le Marlou, prononcèrent à l’unisson

« Cum Tempore 4 juillet 1910 ».

(A suivre … Cliquez ici pour lire le dernier épisode)

Texte : Julien SAGNE
Illustrations : Isabelle LADAM


 

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