Les conscrits de Brassac-les-Mines

Photographie du 3 juillet 1924, de J. Bonnefoy

 

A la première rencontre avec cette photographie de Brassac-les-Mines du 3 juillet 1924, je suis restée là, dévisageant, zieutant tour à tour chaque personnage d’un œil lointain, étranger.

Toutefois, en m’y attardant un peu, mon regard devenant de plus en plus curieux, plus fouineur, plus indiscret, je m’aperçois que J. Bonnefoy, l’auteur de cette photographie, a effectué cette prise de vue à l’occasion de la sortie du conseil de révision pour immortaliser cette journée, la présence des musiciens laisse préjuger d’une suite festive.

Cette photographie éternise donc le rite de passage fondamental entre la condition de jeune homme à celle d’adulte et on peut voir, pour la plupart, accroché sur leur veston, une cocarde.

Je dis : « pour la plupart », car si on s’attarde un peu, on peut voir, tout en haut au milieu du groupe, un homme qui semble appartenir à la même classe mais qui n’en porte pas. On peut imaginer qu’il s’est fait réformer, mais qu’il n’a pas eut le temps de se trouver une cocarde « bon pour les filles »…

 En fait, plusieurs aspects inaccoutumés sur cette photographie m’invitent à me laisser aller à une réflexion plus approfondie, plus attentive, plus intimiste et je vais essayer de vous faire partager mes observations, mon raisonnement, mais surtout, mes sensations.

 Dans un premier temps, je suis très étonnée du nombre important de conscrits rassemblés en ce jour exceptionnel. Toutes les photographies que j’ai pu voir jusqu’à maintenant n’en comptaient que très peu : une petite dizaine, tout au plus.

Le nombre de huit musiciens dénote également un aspect d’exception pour cette photographie. Le plus souvent, on peut voir deux à quatre musiciens au maximum.

Mais ce qui m’a surtout frappée c’est la présence des jeunes filles qui d’ordinaire n’apparaissent jamais ou que très rarement sur ce genre de rassemblement ! Ce sont certainement les petites amies ou fiancées des conscrits.

 Je suppose qu’en 1924, la vie, les mentalités, les mœurs et même les rites traditionnels ont été progressivement déstabilisés après la grande guerre. En bien, en mal, nul ne peut porter un jugement de valeur mais une chose est sûre, c’est que cette guerre a contribué à un début d’émancipation de la femme.

 Souvenons-nous de nos lointains cours d’histoire… Pendant la première guerre mondiale, les femmes ont été appelées pour remplacer les hommes partis au front, dans tous les secteurs d’activités. Certaines ont dû assurer le travail des champs, d’autres « Les Munitionnettes » ont servi de main d’œuvre dans les usines d’armement mais toutes ont agi comme des hommes, se sont habillées et coiffées comme des hommes. D’autres encore furent infirmières dans des tentes situées près du front. Toutes ont fait preuve de courage et surtout de volonté.

 Dans tous les cas, l’intervention des femmes s’est fait au nom du service de la patrie. La guerre totale a donc complètement modifié et transformé le rôle et la place des femmes dans le monde du travail et dans la société.

 Certaines ont gagné un début d’émancipation face à leur mari même si elle reste encore très limité et c’est par cette analyse que j’explique la présence de ces jeunes filles aux côtés de leurs bien aimés…

Laurence

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