L’Auvergne profonde

L’Auvergne est profonde comme l’indique cette photographie où l’opérateur, dos aux roches tuilières et Sanadoires fixe sur le papier, le lac de Guéry avec en fond les monts Dore. Sa profondeur s’exprime ici par sa magnificence, par sa noblesse et sa puissance. L’espace prenant la parole, il raconte une histoire millénaire où les mains des hommes qui l’ont foulés ont dessiné l’essentiel des sculptures paysagères qui apparaissent sur cette image. Je ne parle pas des masses montagneuses ni de celles non moins colossales que contient ce lac de cratère. Je parle des placements des bâtiments que ce soit l’auberge de Guéry et le buron qui le surplombe à droite. J’évoque les traces des routes et des chemins qui conduisent le passant et le photographe à se positionner dans un lieu accessible d’où nous pouvons, face à ce cliché, admirer ceux que nos anciens on choisit de nous laisser en héritage : une ouverture de paysages censés apaiser nos besoins de beauté et d’équilibre.

Voilà, pour une part ce qu’est l’Auvergne profonde : une leçon d’humilité face à l’inattendu de ces paysages habités.

Paysage Lac du Guérie

Derrière cette profusion de lignes, cachées dans les replis de cette immensité, l’activité des hommes est là, parcourant le temps sans relâche pour donner à cette image que nous regardons à nouveau  cette perfection de lignes et de courbes où la broussaille et la forêt n’ont pas pu se répandre puisque la terre était cultivée.

Cette terre paye en retour, donne ce qu’elle a portée en son sein, permettant à nos semblables de poursuivre leurs acharnements à rester dans la poursuite de la vie, dans la recherche de perfection pour qu’aujourd’hui encore nous puissions avoir accès à ces mêmes paysages humanisés.

Voici, pour une autre part, ce qu’est l’Auvergne profonde : une chaîne ininterrompue de travail nous donnant accès à l’incroyable fondement de l’esthétique.

 

Moisson

Mais, enfouie derrière ces gestes accolés les uns aux autres afin que le temps puisse se confondre avec la durée, au passé et à l’éternité ; à l’intérieur de leur habitation les hommes s’abritent et se nourrissent. Comme la nature perd sa prégnance dans ces petits espaces de liberté, où chacun se rend inatteignable par les éléments qui s’expriment à l’extérieur, s’organisent depuis toujours toutes les formes de décadences. Chose étrange, là, protégé des regards, la limpidité des paysages, la beauté du travail bien fait, se transforme en un à peu près, où, de salissures en souillure; il sera difficile de revenir en arrière même si cette charmante demoiselle fait tout son possible pour essuyer son assiette, sur son tablier innommable.

Cuisine de restaurant Banquet

Voici pour la dernière part ce qu’est l’Auvergne profonde : des individus amoureux de leur terre où trop nombreux sont ceux qui se sont détachés de la puissance de leur paysage et du sens aigu qu’entretenaient leurs prédécesseurs avec la beauté de leur environnement immédiat.

Dans les intérieurs des maisons, le sourire de leurs habitants cache déjà d’étranges misères qui pourraient atteindre et défigurer les deux photographies précédentes. Mais que faire puisque sans ces individus heureux de vivre ces mêmes images n’existeraient pas.

Dieu est encore trop petit pour peser sur le monde.

André Ricros

Le 8 mai 2013
Lagarrigue

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire