Pourquoi ?

En juillet 1942, à peine sorti de l’instabilité de la bipédie, on lui offre un vélo et dans sa barboteuse sans autre garantie que son devoir d’y parvenir, on lui demande de se propulser sans roulettes et sans mains tenant la selle.

Sur ses deux premiers clichés, l’enfant, à mi-chemin entre le bonheur d’avoir un deux-roues à sa dimension, va se lancer sous la pression de son environnement familial.

 

Enfant sur son vélo Enfant devant son vélojuillet 1942

–        Si tu veux devenir un homme mon fils, il te faut prendre des risques et peu importe que tu ternisses l’éclat de tes chaussettes ou de tes chaussures, que tu salisses ta barboteuse ou que tu écorches tes genoux où tes os sont justes là, derrière ta peau fragile.

De toute évidence les parents de cet enfant ne veulent pas perdre de temps, il faut avancer, gravir l’échelle sociale et oublier très vite le désordre du fond de la cour où même le sol aurait mérité d’être uniformisé par un personnel qui ce jour-là fait défaut. L’enfant, après s’être pris les mains pour se rassurer et espérer échapper à cette épreuve sans issue en dehors de rejoindre le sol caillouteux, se lance puisqu’il en va de son destin et de sa volonté de ne pas décevoir ses parents. En juin 1943, son père a dû avoir une promotion car notre enfant est photographié dans un autre contexte où le désordre de la cour et l’approximation du sol sont remplacés par une maison et un parc où tout est dans un ordre parfait. Désormais, il n’est plus question de prendre des risques et le transfert que ses parents avaient opéré sur leur fils se traduit sur ces clichés où dorénavant aucune imprudence ne doit être prise par cet enfant qui porte en lui l’avenir de la famille. Un an plus tard, il passe du deux-roues instable aux tricycles et à la brouette toujours faites de trois points d’appui, sa roue et les deux pieds de notre enfant prodige. Nous sommes passés durant le court d’une petite année de l’aventure au conservatisme, du risque à la protection de ses biens. De juillet 1942 à juin 1943, en plein conflit, cette charmante famille, alors que toute la France souffre et peine à s’alimenter, à gagner en confort et en volonté de le préserver. Dans ce climat de difficulté la réussite était encore possible et, derrière la mèche de cet enfant innocent, le monde change et profite de toutes les circonstances pour s’enrichir et garantir ses acquis.

Enfant sur son tricycles Enfant à la brouettejuillet 1943

–        Si tu veux devenir un homme mon fils, il te faut prendre ce qui passe à ta porté sans partager et peu importe si d’autres ont du mal à se procurer des chaussettes et des chaussures ou ne parviennent pas à trouver de quoi se vêtir et tant pis s’ils écorchent leur vie sur les barbelés que nous leur avons tendus face à leur existence fragile.

De toute évidence, les parents de cet enfant n’ont pas perdu de temps, ils ont avancé sans scrupules pour oublier le désordre de leur cour.

 Enfant dans les bois

Par contre, le gamin d’à côté ne sait plus ce qu’il faut en penser et il le saura encore bien moins lorsque après 1945 cette famille sera épargnée par on ne sait quel miracle, celui que seul l’argent parvient à produire. Ils continueront à prospérer en se protégeant derrière les affaires réalisées, sur les débris et les horreurs de cette guerre.

Dieu est encore trop petit pour peser sur le monde !

André Ricros

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire