Jean PONS et Joseph RUOLS, accordéoniste & cabrettaïre en Aubrac

S’il est des musiciens de bal qui furent en résonance avec leur territoire et qui restent des figures emblématiques de la musique aubracienne, ce fut bien Jean Pons et Joseph Ruols. Pourtant, l’association de ces deux instruments ne s’est pas faîte sans heurts alors qu’aujourd’hui on a le sentiment qu’ils ont toujours fait partie du paysage !

Un peu d’histoire…

Le couple cabrette-accordéon ne s’est pas installé dans ses meubles dés la mise en présence des deux parties. Tout au contraire, ils traversèrent d’abord un temps de défiance réciproque qui, pour la cabrette, s’est traduit par du protectionnisme forcené, alors que l’accordéon partait à la conquête d’un nouveau territoire de nidification. Ce n’est que plus tard que l’un et l’autre, confrontés à des changements inéluctables, mirent en commun leurs spécificités.
Ce mariage de raison, à l’image des pratiques ancestrales d’un Aubrac soucieux de préserver et de développer les patrimoines terriens, s’avèrera à l’usage porteur d’une véritable passion.

Le couple fusionnel accordéon-cabrette était né, mais n’oublions pas :

  • Que l’accordéon est arrivé en Aubrac sous sa forme diatonique après la 1ère guerre mondiale, qui fut à cet égard le plus grand agent de mutation musicale de tout le XX e siècle. Très vite, l’instrument s’implante grâce à sa capacité à intégrer les répertoires locaux, à projeter un son porteur de modernité et à produire simultanément à la mélodie une rythmique en harmonie. Petit à petit, l’accordéon diatonique fait des adeptes et occupe l’espace des réjouissances (bals, noces, conscrits…) qui étaient jusque-là le privilège de la seule cabrette. Cet instrument, qui par ailleurs fait le tour du monde, produisit en Aubrac les mêmes résultats que dans les pays ou les traditions dans lesquelles il débarqua sans y avoir été invité : les instrumentistes développèrent une technique et un style qui intégrèrent les éléments essentiels du jeu et du répertoire local, ici ceux de la cabrette..
    Avec le temps, l’instrument évolua pour devenir mixte (3 rangs diatoniques côté clavier mélodique, avec les basses chromatiques) avant d’être chromatique des deux claviers.
    En vingt ans, les gens du pays furent intimement persuadés que l’accordéon était né en Aubrac et qu’il parlait la langue du plateau.
    Qui plus est, l’accordéon pouvait répondre à la demande des publics et interpréter des airs à la mode que la cabrette avait de grandes difficultés à faire rentrer dans les limites de son ambitus.
  • Quant à la cabrette, elle avait depuis le milieu du XIX siècle enraciné son histoire sur l’Aubrac, où les deux tiers des fabricants en étaient issus et où nombre de cabrettaires célèbres en étaient également originaires.
    Cette cornemuse solitaire à forte personnalité, en appui sur un répertoire puissant (la bourrée), ne vit pas d’un bon œil l’arrivée d’un concurrent : l’accordéon.
    Tout d’abord, elle négligea l’intrus, pour, s’apercevant de son pouvoir de séduction, lui faire la guerre en le qualifiant « d’armoire de saltimbanque ».
    Même en Aubrac, personne ne peut aller contre le sens de l’histoire, et la cabrette dut se rendre à l’évidence, son temps était compté puisque la jeunesse locale avait fait le choix de se ranger aux côtés de l’accordéon.
    Les premiers couples accordéon-cabrette, qui apparurent à la fin des années 1920, se firent avec l’accordéon mixte et avec des interprètes qui, par leur connaissance et leur sensibilité tant artistique que commerciale, surent fabriquer cette alliance indispensable à l’évolution de la musique aubracienne (le modèle parisien ayant participé à cette transformation).

Si le couple était né, comment allait-il se développer ?

Au fil du temps, l’accordéon chromatique allait détrôner ses prédécesseurs (le diatonique et le mixte). Avec les nouvelles possibilités techniques qu’avait son concurrent, la cabrette devint très vite désuète et entama son déclin. Il ne lui resta que l’espace folklorique, sa capacité à faire couleur locale et une pratique intime ne dépassant pas le cercle familial.
Dans le même temps, l’accordéon était au sommet de son développement, devenant l’instrument emblématique de l’Aubrac et le symbole de la modernité et de la vitalité du territoire.
Si l’instrument avait gagné, c’était sans compter avec les interprètes. L’accordéon qui aurait dû définitivement faire disparaître la pratique de cabrette allait paradoxalement devenir son principal défenseur. Le couple accordéon-cabrette fut sauvé par la dynamique du bal et la création d’un nouveau répertoire : le néo-folklore aubracien.

Jean Pons & Joseph Ruols


Jean Pons, accordéoniste de l'Aubrac

Jean Pons, accordéoniste de l'Aubrac


Son sens de la convivialité, de l’animation et des affaires, sa bonne humeur, son talent de musicien de bal et sa rigueur, octroyèrent à Jean Pons une renommée sans pareille sur l’Aubrac. Après avoir joué seul (du diatonique puis du chromatique), il se fit accompagner par un batteur puis par un joueur de cabrette. En trio, ils parcoururent toute la région et firent même des banquets et des galas jusque dans la capitale.
Jean Pons fut un homme de son temps, curieux de ses semblables et suffisamment entreprenant pour s’aventurer dans des projets comme celui de partir avec Joseph Ruols aux Etats-Unis d’Amérique pour y représenter les musiques de l’Aubrac.

Joseph Ruols fera l’essentiel de sa carrière d’instrumentiste avec Jean Pons. Ils joueront le plus souvent en trio avec un batteur. Dans cette même formation il modifiera la tonalité utilisée jusqu’alors (pied de cabrette de 39 cm en Do ou de 42 cm en Si) en fabriquant des hautbois plus graves, pour diminuer l’agressivité de la cabrette et faciliter son intégration face à l’évolution des goûts du public (47 cm en La et surtout 50 cm en La bémol).
Comme musicien de bal, Joseph Ruols reste un interprète précis, jouant très proche de l’accordéon, en simplifiant son jeu pour se fondre au maximum dans celui du groupe, et un rythmicien de premier ordre particulièrement adapté à la danse.
Au-delà de ses qualités d’accompagnateur dans une formation de bal, où dans son esprit l’accordéon était le maître, il n’en est pas moins un soliste de grand talent, possédant un jeu d’une richesse et d’une mobilité remarquable.

valse-vienne

Extraits du disque Jean Pons, accordéoniste de l’Aubrac

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