1924 Les conscrits de Brassac-les-Mines – Episode 2

 

…Je vais commencer donc par les hommes de l’orchestre assis au premier rang en allant cette fois de gauche à droite.

Le joueur de grosse caisse est le plus âgé de tous les hommes de cette photo et on sent en lui une fatigue qui se lit sur son visage.

Le joueur de violon semble être ailleurs, habité par un esprit qui le déborde. Je profite de cette remarque pour attirer votre attention sur la beauté de sa chevelure.

Le joueur de trombone à pistons paraît n’avoir que peu d’ambition, se limitant et se satisfaisant de son état.

Le joueur de clarinette est content, un contentement qui va jusqu’à une forme de naïveté.

Le musicien suivant étant celui que j’ai choisi, j’y reviendrai ultérieurement.

L’autre joueur de clarinette n’est pas si mal mais déjà enfoncé dans des certitudes. Un peu formel dans son apparence, il donne à entrevoir une forme de vie qui ne croulera pas sous la fantaisie.

Le joueur de tambour a l’air tranquille, presque soumis où se cache derrière son regard une sensation de tristesse. Pour finir ce rang, le joueur de basse à vent est comme l’indique le penché de sa tête, indécis ou cassé par la vie, donnant à voir une sorte de faiblesse qui pourrait se transformer en violence.

Au fur et à mesure que j’avance de visage en visage, je me dis que tous ou du moins la plupart d’entre eux, ont dû subir les horreurs de la première guerre mondiale, celle de 14-18 ce qui pourrait expliquer un certain trouble dans leurs regards. Quant au travail qu’ils doivent faire à la mine, il ne doit que renforcer ce sentiment de fragilité qui ne doit cesser de les hanter .

Pour continuer ce voyage je vous propose de le faire en deux vagues, tout d’abord les jeunes filles, puis ensuite les jeunes hommes. Je partirai donc du deuxième rang et me déplacerai à nouveau de la gauche vers la droite en montant ainsi jusqu’au quatrième rang.

La première est plutôt agréable à regarder, d’une beauté simple et tendre mais l’inclinaison de son visage laisse à penser qu’elle est très peu sûre d’elle et qu’elle pourrait se laisser manipuler par des personnalités qui la dépasseraient.

La deuxième, sa voisine immédiate semble encore plus démunie comme l’indique le mouvement qu’elle donne à ses lèvres renforçant pour celui qui la regarde son peu d’assurance.

La suivante est plus affirmée et d’une beauté surprenante qui m’a d’ailleurs fait hésiter, au premier abord. Toutefois, une forme de fragilité, y compris physique, m’a troublé, pensant que cette fragilité pourrait, si ce n’était pas déjà fait, atteindre son caractère et le rendre dur jusqu’à l’expression d’un perpétuel mécontentement.

L’avant dernière du  rang est sûrement volontaire, d’ailleurs, elle donne l’impression de vouloir s’avancer vers l’objectif lors de la prise de vue, mais je crains que son monde ne se racornisse et qu’il soit difficile de rêver à ses côtés où une forme sournoise de pragmatisme pourrait prendre le dessus et étouffer ses projets et ses envies.

La dernière de cet étage porte en elle un voile de mélancolie qui pourrait la plonger dans une véritable morosité.

Au troisième rang apparaît, toujours à partir de la gauche, une jeune femme qui ne laisse pas indifférent. Elle est posée là droite, un peu figée, mais malgré cette belle apparence, elle laisse entrevoir une légère fêlure qui pourrait se lire dans l’écarquillement de ses yeux. Sa voisine aux yeux sombres qui lui donnent ce côté typé que pourraient avoir les filles du Sud, est élégante et ne fut par retenue du fait de la réserve qui émane de sa personne.

La suivante est dans l’affirmation de sa nature laissant apparaître un caractère assurément anguleux qui pourrait se transformer en tension ou donner lieu à quelques caprices si nous devions partager son quotidien.

Celle qui suit étant l’incarnation de mon choix je reviendrai plus tard sur les critères qui m’ont permis de la distinguer .

Nous arrivons ainsi au dernier rang où il reste deux jeunes femmes.

La première à gauche à l’air gentille et il se dégage d’elle ce que l’on devine chez les bonnes personnes. D’ailleurs, vous pouvez constater que c’est la seule qui a posé la main sur l’épaule d’une de ses camarades.

Mais au-delà de son sourire, son regard ne fut pas suffisamment pénétrant pour que je puisse arrêter mon choix sur elle.

Je profite de cette remarque sur les mains pour signaler que l’on pourrait à ce sujet dénoter l’éventualité de trois couples.

Le premier pourrait être constitué par le premier garçon du deuxième rang  à qui j’associe la fille située juste au dessus de lui et dont la main est posée sur son épaule.

Toujours au niveau du deuxième rang, la troisième et quatrième personne à partir de la gauche sont également liées par le bras du jeune homme qui enveloppe l’épaule de sa voisine. Ce constat peut être renforcé par leurs mains jointes derrière le joueur de trombone, du moins le geste du jeune homme se prête à cette hypothèse. En parcourant ce même rang un nouveau couple apparaît entre la septième et la huitième personne où la demoiselle a sa main posée sur le genoux de son voisin alors que la main de ce dernier est glissée sous le bras de la jeune fille.

Pour les autres, rien n’est assez visible pour que je puisse signaler le moindre rapprochement.

Avant de passer à l’ordre des garçons, il me reste une jeune femme, la dernière du quatrième rang, qui, elle, à travers ses yeux écarquillés, nous montre une certaine forme de lassitude, certes indicible mais déjà inscrite dans tout son être…

André Ricros

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