Jean-François « Maxou » Heintzen : sur les pas de la réussite.

L’actualité de ce début d’année dans le domaine de la formation concerne les résultats au certificat d’aptitude (C.A) qui est un diplôme national homologué au niveau Bac + 3 ou 4  délivré après un examen sur épreuves.

Ces examens organisés par le Ministère de la Culture, Direction de la Musique, de la danse, du théâtre et des spectacles  (DMDTS) se composent d’épreuves d’admissibilité et d’admission qui se déroulent sur deux années consécutives.

La première année, l’admissibilité comporte des épreuves de culture générale et des épreuves techniques destinées à évaluer les qualités musicales des candidats.

La deuxième année, pour l’admission, les épreuves permettent  d’évaluer les qualités pédagogiques.

Si la région Auvergne est généreusement pourvue en titulaires du Diplôme d’Etat (D.E), jusqu’à cette année elle ne comptait pas de titulaire du C.A, Jean-François Heintzen dit Maxou a remédié à cet état de fait.

Jean-François Maxou Heintzen est, tel qu’il se défini lui même, membre de la Chavannée, de l’université de Cherchologie du Centre et Président du C.D.M.D.T 03. Il joue de la vielle et de la cornemuse, donne des cours de vielle à l’école de musique de Bourbon l’Archambault et encadre des stages tant en France qu’à l’étranger.

Il a par ailleurs publié trois ouvrages : Encore une sauteuse Monsieur le Marquis, Les Madeleines et Lettres de mon Moulins.

Agrégé de mathématiques il enseigne en lycée et est titulaire d’un doctorat d’histoire sur les pratiques musicales des milieux populaires dans le centre de la France.

Avec toutes nos félicitations nous avons tenu à poser au récipiendaire quelques questions.

Quelles ont été tes motivations pour te présenter à cet examen ?  

J’enseigne, si j’ose dire, du matin au soir : en lycée, en école de musique, parfois en stage. Vu qu’un quidam ne peut se prétendre professeur sur la seule base de sa réputation, j’ai dû passer des diplômes pour avoir le droit d’enseigner les maths. Je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas ainsi en musique traditionnelle. D’où ma candidature au D.E., puis au C.A.. C’est la musique traditionnelle qui possède sans doute des spécificités face à d’autres répertoires ; son enseignement beaucoup moins.

Parmi mes différentes fonctions de prof (maths, musique), il y a une constante : pouvoir dire ce qui constitue ma légitimité à enseigner. Elle me semble résider dans le fait de demeurer moi-même en situation d’élève, afin de ne jamais perdre de vue ce qu’est la difficulté d’apprendre (dans le sens de recevoir un enseignement), et d’y penser lorsque je suis de l’autre côté du miroir. D’où mes études jusqu’à un âge avancé… Et donc aussi l’envie de me risquer dans ces épreuves difficiles.

Ensuite – et j’espère ne pas trop choquer de monde en disant cela –, je suis toujours peiné de constater que dans notre milieu il règne une assez grande frilosité à se confronter au jugement d’autrui. Nous nous auto-proclamons trop facilement « experts ». Certes, nous avons des connaissances que d’autres n’ont pas, mais la réciproque est vraie aussi : ne snobons pas d’autres formes de connaissance, sous peine de devoir subir pareille attitude réciproquement. Donc passer sous les fourches caudines du Ministère de la Culture me semble très sain. Pouvoir intégrer les différents schémas en usage dans les pédagogies musicales à l’œuvre actuellement en France est un savoir utile.

Ce qui m’amène à une autre raison, assez pragmatique : avoir un C.A. en poche peut être efficace en terme de lobbying. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’André Ricros avait incité plusieurs d’entre nous à nous lancer dans l’aventure il y a quelques années. Si l’Auvergne – ne serait-ce qu’en termes de région administrative – prétend à défendre la richesse musicale qui est la sienne, il est nécessaire qu’elle puisse se présenter (entre autres) avec certains titres incontestables, car justement décernés par les instances culturelles face auxquelles nous devons plaider notre cause.


Tu es le seul titulaire d’un CA en Auvergne, quel rôle envisages-tu de jouer dans le secteur de la formation dans la région ? Penses-tu y consacrer une part de ta disponibilité ?

Je crains hélas que ce titre ne me vaille plus d’inimitiés que de claques dans le dos… Posons d’abord un préalable : je n’envisage à aucun moment de postuler à un quelconque statut d’« inspecteur des musiques traditionnelles ». Je pense surtout à quelques camarades à qui ce diplôme aurait pu assurer un réel avenir stable professionnellement, mais qui ont subi un échec ; je leur ai promis individuellement de ne jamais venir leur piquer leur gagne-pain.

Avant de recevoir ce diplôme, j’avais peu de relations « professionnelles » avec les autres enseignants : seulement mes collègues directs (Joël REGNAULT, Rachel AVERLY, Arnaud GUENZI, Romain PETIT), et quelques-uns avec qui j’entretiens des liens d’amitié (Emmanuel MONNET, Laurence PINCHEMAILLE, Catherine FAURE, Daniel LANGLOIS). J’en oublie sans doute, qu’ils (ou elles) me pardonnent. Quelques tentatives d’écrits dans Trad’ Mag’ à ce sujet ne m’ont pas amené la moindre réponse. J’en ai conclu à une réticence de mes collègues à parler de ces choses-là avec moi. Si je leur faisais peur avant d’avoir le C.A., qu’est-ce que cela sera ensuite…

Dans ces conditions, je n’ambitionne pas un rôle particulier ; si l’avenir peut faire que j’aide à ce qu’il s’établisse des relations régulières entre profs au-delà de celles liées au voisinage, en particulier via des lieux ou des media propices, j’en serais ravi. Je n’ignore pas qu’il en existe déjà.

La crainte, j’imagine, de quelques-uns à venir discuter, débattre, tient sans doute à des pudeurs d’autodidactes. J’en suis un aussi, au départ. J’ai l’impression que le fait de se positionner ensuite en tant que « savant », par des études ou des diplômes officiels, apparaît aux yeux des autres comme la posture d’un « traître à la cause ». Si vous saviez le plaisir que j’ai à comprendre ce que je fais en cours… Et ce n’est pas en restant en face-à-face avec mes instruments que cette connaissance m’est venue, mais bel et bien en regardant au delà. Et si je peux faciliter la tâche des uns et des autres par mon expérience et quelques tours de main sortis de ma « boîte à outils » pédagogique, je réaffirme ma disponibilité à ce propos. Aïe, j’ai dit disponibilité… C’est vrai qu’elle est réduite, mais on peut en causer.

José Dubreuil


Maxou.heintzen@orange.fr

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