“L’HOMMAGE AUX TRAPÉZISTES” de JAC LAVERGNE

LivretEn écoutant ce disque dans les bureaux de l’AMTA, mon regard se perd à travers les fenêtres des bâtiments. Il faut bien dire que cette dernière production de la Compagnie Léon Larchet invite une nouvelle fois au voyage. Dès les premières notes, nos valises sont faites et une minute passée, on se retrouve dans la roulotte imaginaire de Jac Lavergne, balloté par les sinuosités de chemins musicaux qui ont toujours contourné la facilité. En vieux roublard routard, le troubadour originaire de Mauriac nous a livré 10 albums de compositions personnelles avec la compagnie Léon Larchet, réalisé un court-métrage musical de 20 minutes et écrit de nombreux spectacles musicaux. Depuis une vingtaine d’années, le « Jac Lavergne Variety Show » nous a baladés des violons tsiganes aux gammes arabo-andalouses, de spectacles jeune public en musiques déambulatoires, et ce jusqu’aux rivages inattendus de la fusion rap / électro / world… En gardant toujours bien ancrées les « cadences d’auvergne », derrière les masques d’une Commedia Del Arte à l’échelle des plus grandes fresques baroques. Oui, ces « Cadences d’Auvergne » qui déposèrent à la fin des années 80 une couronne de lauriers sur le jeu de Jac à l’accordéon diatonique… C’est comme une boucle bouclée qu’il dessine ce dernier opus, uniquement lacé au son du piano à bretelles ; c’est comme une effusion de retrouvailles avec son camarade de tandem, le soufflet bien gonflé toujours prêt à servir les émotions que les doigts du maestro auront bien voulu lui transmettre.

L’accordéon pourtant, s’il est solitaire de nature, dans l’enclos que tracent les 16 morceaux du disque, écoute ici avec attention « la voix de son maître », laissant entière la découverte  d’un travail vocal qu’on ne lui connaissait pas. En effet, les quelques chansons qui viennent ponctuer le propos instrumental sont de véritables respirations, de grandes bouffées d’air pur entre les lamelles du soufflet tout offert. On est alors charmés, embarqués par les images qui défilent dans nos esprits diaporamants, de l’éléphant qui voulait voler à la mamie fluo qui dansait dans le fossé sur le bord de la route… Une véritable itinérance se déploie à travers les 16 pistes aux étoiles, accompagnée par un chapiteau chatoyant dans lequel on imagine aisément tous ces êtres vivants s’agiter et se donner en spectacle pour raconter leur joie d’être au monde, sans omettre toutefois la mélancolie qui berce nos errances à tous.

JL-AccordeonEn écoutant ce disque dans les bureaux de l’AMTA, j’observe, à travers les fenêtres des bâtiments, un homme qui répare le toit de sa maison. Pile en face, derrière le rond-point, il est seul, debout sur un océan de tuiles glissantes, et transporte de grandes planches sur ses épaules. Il gravit la pente du toit comme s’il s’agissait d’un escalier, avec un naturel troublant. A n’importe quel moment il peut tomber à la renverse et s’écraser au sol. D’ordinaire, j’aurai associé ce genre de situation à celle que vit un trapéziste, quand, avec toute la grâce et la maîtrise de ses gestes, il se lance dans le vide pour attraper au vol un bâtonnet suspendu par deux cordes. Aujourd’hui, j’ai plutôt vu un accordéoniste qui funambulait sur les notes pour aller chatouiller le ciel avec de belles harmonies.

Wilton.

Cie Léon Larchet :

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La Mazelle – 03170 Saint Angel
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04 70 29 93 62
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