La mazurka à Tournadre

Nous poursuivons notre découverte des mazurkas avec cet air de danse est joué au violon par François Tournadre, rebouteux à Reignat, dans le canton de Champeix et a été enregistré par José Dubreuil et Anne Garzuel le 22 mars 1989.

François Tournadre, qui n’a pas joué depuis longtemps et qui cherche ses repères et ses sensations avec l’archet, montre quelques difficultés dans l’exécution. Malgré cela, en dépassant ces éléments techniques contingents, nous entendons une musique tout-à-fait intéressante et particulièrement engagée. Comme bien souvent, c’est au niveau du rythme que les choses les plus évidentes se passent.  Le musicien mêle une découpe ternaire du temps (notée par commodité noire-pointée, croche) et une découpe binaire du temps (notée deux croches). L’agencement de ces deux découpes dans les phrases musicales assure une dynamique efficace : on ne s’installe jamais dans un système rythmique, on se renouvelle tout le temps. Mais ce n’est pas tout, bien évidemment. Jetons un coup d’œil à la partition :

mazurka à tournadre

Les doubles cordes (il s’agit de deux cordes en même temps, une sur laquelle se déroule la mélodie, l’autre à vide) jouent le rôle de matelas sonore, et de soutien rythmique, car elles interviennent toujours sur les même notes, et en particulier sur les appuis (premiers temps de la mesure).

Par ailleurs ces premiers temps font l’objet d’un traitement rythmique varié : accent, ornement, note allongée, double corde… Cela montre à quel point, dans une cadence qui ne bouge pas, on a de possibilité pour traduire une note qui doit être mise en avant. Cela montre aussi que la surprise et la variété sont partie prenante de cette musique. Une musique de contrastes.

Contraste rythmique : le troisième temps des mesures se traduit souvent en deux croches liées, formant ainsi un contraste avec les autres notes qui sont détachées.

Contraste mélodique : l’air sonne plutôt « début de siècle », s’apparente dans sa construction à la musique orphéonique (fanfare). Mais les doubles cordes et la couleur modale donnée par cette note de passage (fa bécarre) dans la deuxième partie en font un morceau dont l’interprétation est on-ne-peut-plus « traditionnelle » !

Qu’est-ce-que ça veut dire ? François Tournadre utilise les trucs et astuces de ses pairs violoneux, transmis d’un musicien à l’autre, puisant dans leur creuset qui est aussi le sien, le savoir-faire nécessaire pour que cette mazurka balance de la même façon que dans sa tête. Faut que ça bouge ! Alors, peut importe le répertoire, peut importe l’instrument, ce qui reste à la fin : la façon de jouer et l’interprétation… l’esprit ! comme on dit !

Eric Desgrugillers

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Un Commentaire

  1. J’ai passé toute ma jeunesse à Reignat. Mes parents étaient voisins de François Tournadre mais aussi de son fils Jean qui jouait tous les soirs de l’accordéon
    J’ignorais totalement de la part de François et si vous avez plus de détails je suis un grand demandeur
    D’avance merci et bravo pour votre site

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