Tracer dans les songes la carte d’un monde commun

Il va sans dire que l’AMTA et toute son équipe se joignent à l’émoi national, voire mondial, qui gagne les esprits suite aux attentats du 13 janvier. En ces temps de crainte, il est du devoir de chacun d’entre nous de faire face à la panique, à la haine, à l’angoisse qui engluerait nos desseins. Il est plus que tout primordial de replacer l’amour de la vie à la tête de nos pensées et de nos actes, en répétant à la face du monde combien il nous est précieux d’être ensemble, de se battre ensemble pour nos droits, pour nos libertés, pour nos désirs, pour nos existences. Répétons encore combien nous tenons à la vie, à l’endroit où les fanatiques se font les bourreaux d’un monde dont ils ignorent tout.

En réponse à une société globalisante, de l’immédiateté et du consensus, l’AMTA s’est employée trente ans durant à collecter la parole des habitants des territoires d’Auvergne, en rêvant que tous prennent la mesure de la diversité des vécus et des visions du monde qui cohabitent sur un même espace. Prendre la mesure du monde qui est le nôtre. Et quand nous parlons de mesure, ce n’est pas pour compter et chiffrer les bénéfices des découvertes, c’est plutôt pour exprimer la démesure de l’intime, un produit intérieur brut de l’imaginaire et du savoir-inventer. A travers ces découvertes, nous donnons un visage à ce produit intérieur brut, pour le hisser à la hauteur de tous les autres. Nous apprenons ainsi la forme de notre figure,  ré-apprenons que chacun a son visage, et qu’il n’est pas utile de le comparer à celui des autres puisque tous les visages sont différents.

Cette démarche donne naissance à des projets comme celui de “Paroles de Quartiers”, un travail d’enquête d’un an sur les quartiers nord de Clermont-Ferrand, à la recherche de ces singularités ordinaires, en croisant les identités culturelles et en remontant les générations, en travaillant à la valorisation de la triple appartenance qui caractérise les immigrés qui y vivent : celle du pays quitté, celle de la France habitée, et celle du quartier partagé.

Film produit par l’Agence des Musiques des Territoires d’Auvergne et le Comité Régional Mosaïc Auvergne financé par l’Acsé et la ville de Clermont-Ferrand – 2015

Ayons sans cesse en tête que nous sommes faits pour vivre ensemble et que nous sommes vivants pour être heureux, continuons d’arrache-pied à fouler le territoire du commun et à inviter les autres à rejoindre la danse, poursuivons tous notre quête des héritages culturels de nos aïeux pour attiser la curiosité à l’égard de ceux d’autrui, poursuivons sans relâche notre route de soi.
Que soit sans faille notre détermination de revêtir une identité en mouvement, se nourrissant de rencontres, de dialogues, de découvertes, de spectacles vivants et de discussions aux terrasses des bistrots.
Affirmons et ré-affirmons encore la liberté d’expression “géo-poétique”, celle qui nous libère des espaces connus pour cultiver son jardin, celle qui trace dans les songes la carte d’un monde d’espaces communs.

Romain “Wilton” Maurel.

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2 Commentaires

  1. Merci Wilton pour ce beau texte!
    MarieT

    • Merci pour le magnifique reportage sur les quartiers Nord de Clermont-Ferrand.
      J’habite le quartier de La Plaine depuis 1992 et j’y suis bien. Je vis dans la “mixité” et quelle chance de rencontrer plein de cultures différentes !
      Mes enfants ont grandi ici, ont fait des activités aussi bien sportives que musicales et s’y sont fait des amis (es). Merci à toutes celles et ceux qui font vivre ces quartiers et merci à toutes les belles personnes qui y vivent et que j’ai pu rencontrer.
      Merci à toi aussi Wilton pour ce magnifique texte tellement vrai.
      Je suis bien heureuse de voir qu’un bel avenir se dessine dans la tête et les mains de nos jeunes.
      Amitié sincère
      Joëlle

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